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Agrocarburants (biocarburants) : pas franchement
la panacée



Les ressources en pétrole étant amenées à disparaître, la plupart des pays se tournent désormais vers des sources d'énergie alternatives, au rang desquelles figurent les agrocarburants. Betterave, tournesol, voire déchets ménagers sont appelés à se substituer aux carburants classiques. Un choix pas toujours écologique qui suscite de plus en plus la polémique.
par Antoine Jault

La moitié du pétrole extrait dans le monde est consommée par les transports. La hausse du prix de l’or noir et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre sont considérées comme une formidable opportunité par les producteurs de biocarburants. Aujourd'hui, ces carburants - qu’il est préférable d’appeler agrocarburants pour éviter toute confusion avec les produits issus de l’agriculture biologique - proviennent de deux grandes filières :

- la filière des huiles végétales (tournesol, colza, palmiers à huile, etc), utilisées soit pures (cas du moteur Elsbett et de certains moteurs diesels adaptés), soit transformées par estérification pour donner du biodiesel, aussi appelé diester.
Vous l'ignorez peut-être, mais le diesel de votre réservoir contient déjà 2 à 5 % d'huiles végétales issues de l'agriculture.

- La filière alcool, obtenue par fermentation de produits végétaux riches en sucres. Le plus souvent du maïs, de la canne à sucre, de la betterave à sucre et du blé pour produire de l'éthanol.

Si la production mondiale d'agrocarburants a doublé entre 2000 et 2005, celle-ci représente aujourd'hui encore moins de 2 % de la consommation des transports. L'Agence internationale de l'énergie a toutefois estimé qu'en 2030, la production pourrait être multiplié par 6, voire 10 si des politiques volontaristes sont menées. L’Union européenne a ainsi fixé un objectif : les agrocarburants devront fournir 10 % de la consommation totale de carburants pour les transports avant 2020*. En France, l'objectif est encore plus ambitieux car ce taux d’incorporation de 10 % est espéré dès 2015.

Mauvaise publicité
Après une période d’enthousiasme pour ce « pétrole vert », les experts, certains hommes politiques et même le grand public en sont largement revenus. À tel point que les agrocarburants sont aujourd'hui montrés du doigt. Ils sont en premier lieu accusés d'être à l'origine de la flambée des prix des produits alimentaires ; l'OCDE estime que près de 60 % de l'augmentation de la consommation de céréales et d'huiles végétales, entre 2005 et 2007, est imputable aux agrocarburants. L’utilisation d'une partie des terres agricoles pour produire des agrocarburants (filière alcool ou filière huile) peut être un facteur de hausse des prix des produits agricoles destinés à l'alimentation, notamment du maïs (production de bioéthanol), dont le cours a atteint en 2006 son plus haut niveau depuis 10 ans.
Parallèlement à cela, le nombre de personnes souffrant de faim dans le monde est passé de 850 à 925 millions, selon l'Agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). La viabilité économique des agrocarburants est même douteuse, relève l'OCDE, si l'on soustrait la masse des aides publiques dont les producteurs bénéficient. En 2008, « 800 millions d'euros ont été consacrés à soutenir le développement des agrocarburants en France, sous forme de défiscalisations » souligne Jean-Denis Crola, d'Oxfam France-Agir ici, une ONG de solidarité internationale.

Mauvais pour l'environnement ?
Longtemps jugés beaucoup moins néfastes pour l'environnement que les carburants issus du pétrole, les biocarburants sont désormais pointés du doigt par les scientifiques. Ainsi, bien que les champs de maïs absorbent du carbone, ils nécessitent aussi des engrais de synthèse, puis des carburants fossiles pour la récolte et le transport jusqu’aux stations-service : « l'énergie contenue dans un litre de bioéthanol fabriqué en Europe dépasse à peine celle qu'il a fallu brûler pour la produire » affirment les ONG écologistes.
Le bilan pourrait être plus négatif encore en cas de déforestation engendrée par les monocultures intensives : augmentation des émissions de CO2, dégradation de la qualité des sols, atteintes à la biodiversité (exemple de l'orang-outan, en Indonésie, qui risque de disparaître à cause des palmiers à huile qui viennent peu à peu remplacer la forêt primaire).

Première et deuxième génération
Parce que les superficies agricoles dédiées à la production de carburant ne pourront pas être étendues exagérément au détriment des cultures alimentaires, les études portent actuellement sur le développement des agrocarburants de deuxième génération, produits à partir de matière première non alimentaire.
Ce sont d'une part les plantes telles que le miscanthus, le jatropha (voir définition ci-contre) ; ce sont également les résidus de l'agriculture comme la paille de céréales, les déchets des unités vinicoles (marc de raisin), les résidus forestiers, etc. À l’avenir, les déchets ménagers pourraient également être mis à contribution. Ce nouveau type d’agrocarburants dit de « seconde génération » est désigné sous le sigle BtL (pour biomass-to-liquid). Mais pour l'instant, les rendements restent très bas et il faudra sans doute attendre une dizaine d'années avant de passer à la production en quantité industrielle de ce carburant du futur.
De toute évidence, la solution pour faire face à la fin annoncée du pétrole ne peut donc pas uniquement venir des carburants verts, et la priorité actuelle est avant tout la réduction de notre hyperconsommation de transports.

*En Europe, les agrocarburants représentaient 1,9 % de la consommation totale pour les transports en 2006




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agrocarburants biocarburants

Illustration de la campagne initiée début octobre par les Amis de la Terre France, le CCFD-Terre solidaire et Oxfam France. Elle est destinée à sensibiliser le public sur les conséquences des agrocarburants sur les populations du Sud.
Site web et pétition :
www.agrocarb.fr

Définitions :

E85
Il s'agit du superéthanol, un mélange de 85% d'éthanol et de 15% d'essence sans plomb, d'où son nom courant de E85. Il est utilisé pur ou en mélange avec de l'essence.

Système flexfuel
Système permettant aux véhicules d'être alimentés aussi bien en essence sans plomb qu'en superéthanol ou en mélange essence + superéthanol.

Jatropha curcas
Il s'agit d'un arbuste qui pousse en zone aride et qui produit en moyenne 1 892 litres d'huile par hectare et par an. C'est également une plante prometteuse, qui produit des graines oléagineuses, et pourrait être une alternative intéressante aux palmiers à huile et au soja pour les pays du Sud. Elle n'est en effet pas comestible et donc n'entre pas en concurrence avec le secteur alimentaire.

jatropha

À lire :

La faim, la bagnole, le blé et nous : Une dénonciation des biocarburants

La faim, la bagnole, le blé
et nous : Une dénonciation
des biocarburants

De Fabrice Nicolino
175 pages
Paru en octobre 2007
Editeur : Fayard